Dans moins de deux mois aura lieu le renouvellement des conseils municipaux. Un moment important où la population portera une appréciation sur l’action de la municipalité sortante et sur le projet proposé pour le mandat à venir. Maire de Grenoble depuis 19 ans, il me parait utile et démocratique de revenir sur ce parcours municipal qui s’interrompra pour moi en mars prochain, ayant décidé de passer le relais à une équipe renouvelée, conduite par mon 1er adjoint Jérôme Safar. Je reviens donc, par une série de tableaux que je souhaite vivants et personnels, sur une activité qui marquera sans nul doute un moment exceptionnel de ma vie.

 

1995 « Ensemble, Choisir Grenoble », 2001 « Choisir Grenoble », 2008 « Grenoble, l’avenir Ensemble ». Trois campagnes électorales et autant de victoires pour les listes que j’ai eu l’honneur de conduire et les projets que j’ai souhaité proposer aux Grenoblois.

Trois victoires avec pour chacune un caractère particulier :  en 1995, après 12 années d’une période sombre qui aura conduit Grenoble au déclassement et à la stigmatisation, les Grenoblois nous élisent pour mener la reconstruction de Grenoble et retrouver la fierté de vivre dans cette ville aux atouts si nombreux. En 2001 et 2008, ce sont deux réélections qui  confirment la volonté des Grenoblois de poursuivre l’action engagée.

 De ces 3 victoires, la première restera pour moi un moment fort, intense et gravé dans ma mémoire. Dès la fermeture du scrutin, nous apprenons par TF1 la nette victoire prévisible. Je dois rejoindre plus vite que prévu le local de campagne puis la mairie où une foule immense se presse à ses abords, débordant largement sur le boulevard Jean Pain et dans le parc Paul Mistral

Je me souviendrai longtemps de cette montée des marches de l’Hôtel de Ville, essayant de me frayer un chemin, au milieu d’une cohue invraisemblable qui avait failli écraser ma fille, toute petite et menue, à mes côtés.

Et puis, je me retrouve nez à nez avec Roger Rahon, cette grande figure de la résistance grenobloise, arrêté le 11 novembre 1943, déporté à Buchenwald,  survivant mais aveugle. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre, signant cette victoire par ce geste empli d’émotion. 

Le reste de la soirée se fait dans une improvisation totale. Pour parler à la foule amassée et remercier tous les militants et sympathisants spontanément rassemblés après ces 12 années de traversée du désert, je monte sur un escabeau branlant et lance quelques mots recouverts immédiatement par des cris et applaudissements sans fin.

Je pense bien sûr à Hubert Dubedout, à cette terrible défaite de 1983. Je prends le temps d’appeler sa femme, Marie-Rose.

Et puis, au fond de moi, je sais que la tâche qui m’attend sera rude, en temps volé à ma famille et à mes amis…

Autre souvenir fort, en 2008. C’est le Grand chelem à Grenoble. Après l’élection de Geneviève Fioraso et ma réélection aux législatives de 2007, les deux victoires d’Alain Pilaud et de Jacques Chiron dans les cantons Centre, et la réélection de  Christine Crifo dans le canton Ouest, désormais l’encrage à gauche de Grenoble est total. Du jamais vu dans l’histoire de Grenoble: la ville, les deux circonscriptions et tous les cantons sont à gauche !

Proximité et dialogue

 “Quand on est maire, il faut aimer les gens” disait François Mitterrand. Le temps de la campagne pour une élection municipale est un moment unique qui permet d’amplifier ce lien  exceptionnel entre le maire et les habitants de sa commune.

Mes trois campagnes menées d’abord en tant que leader de l’opposition en 1995, puis de maire sortant en 2001 et 2008 ont été de grands moments d’échange et de proximité avec les Grenoblois. Aller à la rencontre des habitants, des commerçants et responsables associatifs de chaque quartier de Grenoble pour écouter et échanger, pour expliquer le nouveau projet municipal pour les six années suivantes, tout cela restera pour moi un moment privilégié

Ces rencontres en toute simplicité avec les Grenoblois permettent d’entendre les préoccupations, les attentes, et de parler aussi bien de rénovation urbaine, que d’emploi, de logement et de problèmes plus personnels.

 

Formidable mobilisation collective, une campagne permet également de partager une aventure humaine exceptionnelle avec tous ceux qui s’y engagent et donnent leur temps, leur enthousiasme et leur énergie. J’ai eu la capacité de mener des campagnes victorieuses parce que j’ai aussi pu m’entourer d’hommes et de femmes en qui j’avais toute confiance et qui me permettaient de me consacrer totalement au dialogue avec les Grenoblois. Je pense tout d’abord à mes trois directeurs de campagne ainsi qu’à Jacques toujours fidèle au poste de mandataire financier. Tous ont assuré leur exigeante mission avec efficacité. Je pense également à ceux qui ont pris en charge des secteurs essentiels de la campagne: communication, logistique, organisation… Je pense aussi aux secrétaires de section, à tous les militants, aux jeunes du MJS et à tous les citoyens grenoblois qui nous ont rejoints. Sans être candidats, tous ont fait le choix de s’investir à 100%  pour atteindre l’objectif commun en multipliant les heures sur le terrain : marchés, porte à porte, collage, réunions publiques et tenue de bureau de vote… Après chaque campagne, tous sont devenus  pour moi des amis fidèles.

Ces élections municipales m’ont permis également de construire des équipes capables de gérer après la victoire. J’ai attaché beaucoup d’attention au choix de mes colistiers, pour conforter l’assise électorale, le respect de la parité, l’équilibre souhaitable entre générations, représentation des différents quartiers, des diverses catégories socio-professionnelles. Mais il m’importait de m’assurer aussi de futurs élus capables de prendre des responsabilités. J’ai pour cela toujours voulu résister aux seuls choix internes des formations politiques…

Et puis, j’ai toujours fait le choix d’un débat sincère et digne, respectueux des personnes et des faits. Bien sûr, nous avons souvent été confrontés de la part de nos adversaires à une autre conception des campagnes électorales basée souvent sur les attaques de personnes,  les mensonges, les messages calomnieux courageusement anonymes! Et pour que ces campagnes ne prennent pas un mauvais tournant, il a été souvent nécessaire d’appeler certains candidats à plus de mesure dans leur propos par respect pour notre ville, pour les Grenobloises et les Grenoblois,

Parce qu’ attaché à Grenoble et à ses habitants et respectueux de la noble fonction de maire, je me suis à chaque fois engagé après avoir mûrement pesé ma décision.

A trois reprises, et pour les 19 années écoulées, les Grenobloises et les Grenoblois m’ont accordé la confiance sollicitée pour permettre à notre ville de croire en son destin. 

Ce fut un honneur, un privilège. La plus belle expérience de ma vie.