Dans quatre mois aura lieu le renouvellement des conseils municipaux. Un moment important où la population portera une appréciation sur l’action de la municipalité sortante et sur le projet proposé pour le mandat à venir. Maire de Grenoble depuis 18 ans, il me parait utile et démocratique de revenir sur ce parcours municipal qui s’interrompra pour moi en mars prochain, ayant décidé de passer le relais à une équipe renouvelée, conduite par mon 1er adjoint Jérôme Safar. Je reviens donc, par une série de tableaux que je souhaite vivants et personnels, sur une activité qui marquera sans nul doute un moment exceptionnel de ma vie.

Le Plan d’Investissements d’Avenir fait de notre projet d’Ecocité sur la Presqu’île une des illustrations emblématiques majeures de la compétitivité et de la transition écologique de la France de demain.

Le développement durable est une de mes préoccupations majeures depuis très longtemps. Dès mon premier mandat de député, j’étais par exemple au sommet de la terre à Rio de Janeiro en 1992 et rapporteur de la loi sur les déchets la même année. Je n’ai pas cessé d’être mobilisé depuis ce temps. Devenu Maire de Grenoble, puis président du GART et de l’AMGVF, j’ai eu à cœur de transposer les concepts et grands objectifs du développement durable dans des réalisations concrètes et de souligner l’importance du fait urbain et le rôle des villes dans les mutations à venir. Je l’ai dit à de multiples reprises pour l’avoir mesuré sur le terrain et l’avoir partagé avec de nombreux maires de grandes villes à travers le monde : les villes sont et seront le lieu de la transition écologique et de la conciliation entre politique environnementale, solidarité sociale, efficacité économique et citoyenneté, dans une dynamique que j’aime à appeler « développement humain ».

À Grenoble, c’est évidemment la question de la métamorphose de la ville qui est au centre de la ville durable. L’urbanisme durable est d’abord un enjeu de renouvellement de l’existant et d’aménagement des friches pour créer de nouveaux éco-quartiers, en développant les connexions grâce à des transports en communs efficaces et le développement des modes de déplacement doux.

Première des priorités de l’équipe municipale, l’amélioration du cadre de vie des quartiers les plus fragiles de Grenoble s’est ainsi traduit dès 1995 par le lancement du projet Teisseire-Jouhaux dont nous percevons aujourd’hui les effets en matière de qualité de vie et d’attractivité, puis par le projet Mistral. Le dernier mandat a permis de lancer effectivement le projet Villeneuve et la reconstruction-démolition du quartier Châtelet. Dans tous ces projets, la question du développement durable est au cœur de l’action, renforçant la cohérence de l’action : en améliorant la performance thermique des logements, on lutte en même temps contre le changement climatique et contre la précarité énergétique ; en créant des espaces verts, on agit en même temps pour la qualité de la vie des habitants et la sauvegarde de la biodiversité.

Sur le plan de la qualité thermique des bâtiments, la question de la rénovation de l’existant est absolument majeure, surtout dans une ville qui possède un important parc de logements construits entre 1945 et 1975. Après avoir réalisé en 2007 une thermographie aérienne qui a permis de cibler les interventions d’amélioration thermique les plus urgentes, plus de 2000 logements sociaux ont fait l’objet d’améliorations thermiques dans le dernier mandat. Sur un sujet plus complexe à mettre en œuvre, la Métro est aujourd’hui en pointe sur l’incitation en direction des copropriétés avec la campagne Mur-Mur, directement inspirée de l’expérience de l’OPATB des grands boulevards.

Jean Louis Borloo remet à Michel Destot le 1er prix du concours écoquartier (2009).

L’autre levier important a été le développement des éco-quartiers à l’occasion de tous les projets d’aménagement urbain : Vigny-Musset, De Bonne, Bouchayer-Viallet, Blanche-Monier, la Presqu’Ile, Flaubert, l’Esplanade. À chaque fois, nous avons essayé de franchir un pas de plus dans la conception de ces quartiers, tout en les connectant au reste de la ville. Avec la poursuite du développement des réseaux de transport et le rééquilibrage progressif de la carte du logement social, c’est toute la ville qui aura gagné en cohérence, et nous franchirons encore un pas dans ce sens en faisant de la Villeneuve, comme nous l’avons annoncé, le premier éco-quartier en renouvellement urbain de France.

Notre ville a ainsi profondément changé en apparence, mais elle a aussi changé dans ses modes de vie et de consommation, dans le sens de la durabilité. Toutes ces opérations sont citées en exemple en France et dans le Monde et permettent aux grenoblois d’être fiers de leur contribution aux nouveaux défis planétaires, au premier rang desquels la lutte contre le réchauffement climatique, avec des solutions intelligentes à l’échelle des villes. 17% de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur notre territoire entre 2005 et 2009, c’est une performance concrète qui montre que les objectifs du facteur 4 sont atteignables. Le quartier De Bonne a remporté le premier grand prix EcoQuartier de France, remis en 2009 par J.L. Borloo et est aujourd’hui une raison majeure de visiter Grenoble pour beaucoup de délégations étrangères et une véritable destination de tourisme urbain : que de chemin parcouru !

La prochaine étape, déjà en construction, c’est celle de l’EcoCité avec l’intégration des différentes dimensions (aménagement, qualité des bâtiments, déplacements, énergie) et le changement d’échelle des projets pour aborder le système urbain dans son ensemble. Cette démarche qui est d’abord ciblée sur la Presqu’Ile est promise à trouver des déclinaisons dans tous nos nouveaux programmes de développement ou de rénovation urbaine.

Le développement durable est aussi affaire d’innovation, de pédagogie et de partage. La participation active de la Ville de Grenoble dans les pôles de compétitivité Tenerrdis et Minalogic est principalement centrée sur les défis énergétiques de demain : la gestion intelligente et le stockage de l’énergie, le développement de l’hydrogène et du photovoltaïque. Depuis 2006, la Biennale de l’Habitat Durable permet de partager nos expériences avec d’autres villes européennes, d’ouvrir le débat avec les citoyens et de placer résolument l’humain au cœur de la ville durable.

La dimension économique est évidemment majeure dans ce débat : la performance ne doit pas être atteinte à coup de subventions publiques, au risque de rester cantonnés à quelques opérations « vitrine » et ne pas savoir passer à l’échelle supérieure ; le développement doit s’accompagner de créations d’emplois pérennes. La place des entreprises, privées ou publiques, est ainsi essentielle, et c’est le sens de la démarche partenariale qui est la nôtre et qui doit encore se développer, aussi bien avec des grands groupes qu’avec des PME innovantes et des ETI en plein développement.

Le dernier mandat a permis de franchir une nouvelle étape dans la cohérence de l’action politique, avec le plan « Grenoble facteur 4 », dont nous venons de faire le bilan en conseil municipal. Permettant de dépasser les cloisonnements, fondé sur une méthode rigoureuse de suivi, il nous a fait progresser collectivement sur la connaissance de la réalité et de l’efficacité des leviers qui sont à notre disposition pour engager la transition et être en capacité d’atteindre nos objectifs, particulièrement en matière de lutte contre le changement climatique. Il constitue un acquis pour la ville et une base de travail incomparable pour l’équipe municipale qui nous suivra. Il faudra bien sûr porter la démarche à une échelle métropolitaine et élargir la focale en intégrant toutes les dimensions du développement durable. Je veux rappeler aussi qu’il n’y a pas de cité sans citoyens, et qu’il ne peut pas exister de véritable communauté urbaine s’il n’y a pas appropriation collective des politiques de développement économique, social et environnemental. Les citoyens doivent devenir avec les politiques, qui n’ont pas à délaisser leurs responsabilités, des co-acteurs du « vivre et de l’agir ensemble ».

Avec M. Delebarre au Sommet des Maires contre le Changement Climatique à Mexico (novembre 2010).

La volonté politique que nous avons exprimée dans les faits à Grenoble m’a permis d’être audible au-delà de nos frontières et de participer aux grands débats planétaires des deux dernières décennies sur le front du développement durable. Le rôle des villes dans la réponse aux enjeux auxquels le monde est aujourd’hui confronté est de mieux en mieux reconnu par les instances internationales, mais c’est le résultat d’un travail sans relâche auquel je suis fier d’avoir pu contribuer. Après le sommet de Copenhague en 2009, qui n’a pas vraiment tenu ses promesses et où les Etats ont montré leurs limites, nous nous sommes ainsi retrouvés au Sommet des Maires contre le Changement Climatique à Mexico, en novembre 2010, pour nous engager concrètement à réduire volontairement nos émissions de gaz à effet de serre et développer des stratégies locales d’adaptation aux changements climatiques, et peser ainsi sur les futures négociations internationales.

Dans la compétition internationale actuelle, les villes européennes, à taille humaine en comparaison avec les mégapoles mondiales, ont de véritables atouts à faire valoir. La France et l’Union européenne gagneront à s’appuyer d’avantage sur les gouvernements locaux et les villes en particulier, et je suis convaincu que la compétition économique passera par la capacité à démontrer que nos villes sont des références en matière de développement durable, d’innovation sociale et de qualité de vie.