Réforme des retraites : la double erreur du Gouvernement
Ce matin, le projet de loi portant réforme des retraites a été présenté en Conseil des Ministres par Eric WOERTH, Ministre du Travail, de la solidarité et de la fonction publique. J'ai souhaité dénoncer la double erreur commise sur ce sujet par le Gouvernement, tant sur la forme que sur le fond.
Sur la forme, en dépit de l’importance du sujet, le Gouvernement n’a malheureusement pas réellement associé les partenaires sociaux à sa réflexion, en présentant ce matin un texte déjà ficelé depuis bien longtemps, ne tenant pas compte des remarques faites ces dernières semaines par les syndicats. Il n’a d’ailleurs pas plus pris en considération les mesures proposées par les partis d’opposition, et notamment celles du Parti socialiste. Il est regrettable qu’une fois de plus le Gouvernement n’ait pas saisi l’occasion qui lui était donnée de renouer la confiance entre la sphère politique, les représentants syndicaux et nos concitoyens en organisant une large concertation permettant de parvenir à un compromis social consacrant notre système par répartition.
Sur le fond, le projet de loi présenté ce matin n’est pas à la hauteur des enjeux. Le Gouvernement fait l’erreur de croire qu’il s’agit d’un problème démographique pouvant principalement être réglé par un recul de l’âge légal de départ à la retraite, alors que l’âge effectif de départ en retraite est déjà proche de 62 ans. L’âge légal de départ à la retraite à 60 ans doit être maintenu : il s’agit d’un acquis non négociable. Il constitue une garantie de justice sociale, notamment pour tous ceux qui ont débuté tôt leur carrière, et doit aussi rester une possibilité de départ pour ceux qui le souhaitent. Mais les discussions auraient dû aussi porter sur une série d’autres questions, tout aussi importantes sinon plus : l’emploi des jeunes et des seniors, la formation tout au long de la vie, les trajectoires professionnelles en dents de scie, les différences de niveaux et d’espérance de vie des retraités, la pénibilité de certaines professions, les départs progressifs en retraite… Or, le texte du Gouvernement traite insuffisamment de ces sujets pourtant fondamentaux, voire fait l’impasse sur certains d’entre eux. Ainsi, par exemple, une véritable prise en compte de la pénibilité est renvoyée à des négociations ultérieures, sans aucune garantie sur leurs débouchés.
La discussion parlementaire qui va s’ouvrir à la rentrée ne doit donc pas se laisser enfermer par le seul projet gouvernemental, qui est injuste car essentiellement comptable. Nous proposerons une démarche et des finalités alternatives, sociales, économiques et humaines.
Laisser une réponse
Articles(RSS)