Vendredi 20 octobre s’est réuni le club Initiatives à Grenoble que j’anime depuis 3 ans. Ce fut l’occasion, en présence de nombreux participants, d’échanger sur la situation nationale et de revenir sur le contexte local.
La France a connu, en moins d’un an, une évolution incroyable, avec, au-delà du double rejet du sarkozysme et du hollandisme, un improbable alignement des planètes au profit de Macron qui a su jouer avec talent des opportunités qui n’ont cessé de se manifester: le renoncement de Hollande à se représenter, la désignation de Fillon aux primaires de la droite (à droite toute!), l’élection d’Hamon aux primaires de la gauche (à gauche toute!), les affaires de Fillon entraînant une descente aux enfers de son camp, la remontée spectaculaire de Mélenchon, l’effondrement de Le Pen au débat télévisé du 2ème tour des présidentielles… Personne n’aurait imaginé tout cela il y a seulement 1 an!
Les 5 premiers mois de la présidence Macron ont connu une évolution elle-même inattendue de l’opinion publique, avec une chute spectaculaire de sa popularité, sans qu’il y ait eu de Macron-bashing médiatique, contrairement au sort de ses prédécesseurs.
Les couacs du groupe parlementaire En Marche, la faiblesse du gouvernement en dehors des poids lourds de droite (Philippe, Le Maire, Darmanin, Blanquer), des mesures impopulaires peu ou mal expliquées (baisse des APL, augmentation de la CSG des retraités, suppression de l’ISF, baisse drastique des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales,..) en sont les multiples raisons.
Et au total, en dehors d’un bon parcours au plan européen et international, on peut se demander si les orientations qui se dessinent au plan national ne vont pas conduire à l’accroissement des fractures sociales et territoriales dans notre pays.
Il est permis aussi de s’interroger sur le modèle que cherche à imposer Macron à la France. Il s’agit de toute évidence d’un modèle qui privilégie le succès individuel plutôt que le développement plus collectif. On se rapproche davantage du modèle américain que de celui qui a forgé la culture française et européenne.
Sur le plan politique, Macron a, par ailleurs, préféré le débauchage individuel de personnalités politiques aux alliances plus collectives (sur la base d’un contrat de législature par exemple entre son mouvement En Marche et un pôle social-démocrate, comme certains d’entre nous lui avions proposé).
Le risque, à terme, est que Jupiter se retrouve seul, avec une France une nouvelle fois dans l’impasse, ce que nous ne pouvons espérer.
Alors que faire?
L’heure est plus que jamais à la réflexion et à l’élaboration d’un projet d’avenir pour notre pays et l’Europe.
Entre Macron qui vire à droite et Mélenchon qui vire au populisme, il y a place pour l’affirmation d’une orientation social-démocrate nouvelle, qui soit une véritable réponse au monde tel qu’il est, c’est-à-dire dans une globalisation source de progrès économique mais aussi d’accroissement des inégalités sociales et de naufrage écologique.
Dans ce contexte général, la réduction des inégalités sociales et territoriales devient prioritaire y compris par rapport à l’indispensable accroissement de la compétitivité des entreprises.
Au plan politique, et pour les socialistes en particulier,  l’heure n’est plus aux synthèses obscures mais à l’affirmation d’une orientation claire qui, à mes yeux, doit être réformiste et européenne, réaliste (de gouvernement) et progressiste (aussi bien au plan économique que social et environnemental).
Le choix des leaders ne peut résulter d’un concours de beauté appelé à se dérouler tous les 5 ans à l’occasion de primaires, mais doit être l’incarnation d’un projet politique élaboré démocratiquement par un parti politique.
Au plan grenoblois, rien de nouveau malheureusement!
Beaucoup pensent même que les choses s’aggravent par absence de tout projet ambitieux, par manque de réelle démocratie locale. D’où l’attractivité en berne de notre cité, l’explosion des insatisfactions, voire des colères de nombre de Grenoblois. Qu’il s’agisse du Centre-Ville et des réactions des commerçants et des riverains, des habitants des quartiers populaires qui se sentent délaissés, du personnel communal qui n’en peut plus, partout le mécontentement gronde!
Et l’affirmation d’une relève crédible devient chaque jour plus nécessaire.
Elle doit se concevoir dans l’élaboration d’un projet politique métropolitain ambitieux et solidaire, d’une stratégie de rassemblement indispensable et de la constitution d’une équipe performante à la fois renouvelée et expérimentée.
Initiatives à Grenoble ne va pas disparaître. Son avenir ne saurait se confondre avec celui des formations politiques (et notamment du seul parti socialiste).
Ce cercle de réflexion, d’échanges et de propositions doit être un lieu de rassemblement, capable de contribuer, à l’instar d’Inventer à Gauche au plan national, à éclairer les voies d’une social-démocratie contemporaine, à définir les moyens de la réduction des fractures sociales et territoriales, à booster la compétitivité dans la mondialisation de nos entreprises industrielles notamment, et à définir de nouveaux rapports capital-travail.
Vaste programme!
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