Chaque 11 novembre, Grenoble, comme partout en France, a commémoré l’armistice de la grande guerre. Et dans le même temps, nous tenions à rendre hommage aux victimes du 11 novembre 1943, à ces 400 personnes arrêtées et déportées pour avoir participé à cette manifestation patriotique annuelle interdite par les autorités vichystes et allemandes.
C’était pour moi, maire de Grenoble, l’occasion de dire et de redire, au no
m de l’espérance que nous plaçons en l’Homme, que l’esprit de liberté qui avait soufflé sur notre ville avait été plus fort que la défaite, plus fort que la peur, plus fort que l’humiliation. De dire et de redire que ce 11 novembre 1943 témoignait de la force irrépressible de la conviction quand les ombres de la capitulation rôdaient, que la gangrène de l’indignité gagnait, que les valeurs sacrées de l’humanité étaient en péril. De dire et de redire que renier les enseignements du passé serait non seulement trahir le combat de ceux qui avaient donné leur vie pour la liberté et leur patrie, mais aussi hypothéquer l’avenir.

Chaque famille a connu des ancêtres frappés par cette dramatique première guerre mondiale.
Mon grand-père paternel était aviateur, plusieurs fois touché par des tirs allemands. Il a connu ma grand-mère qui était infirmière et soignait les blessés en base arrière. Mon père, né après la grande guerre n’a pratiquement pas connu son père qui n’a pas survécu longtemps à ses blessures de guerre.
Mon grand-oncle était une estafette. Il se rendait à vélo de tranchée en tranchée porter les bonnes et les très mauvaises nouvelles. Il est sorti vivant de la guerre mais traumatisé à vie dans sa chair et dans sa tête par ce qu’il avait vécu. Il n’aimait pas, il ne pouvait pas évoquer ses souvenirs de guerre, à l’instar des déportés revenus vivants des camps de concentration en 1945.
Il ne fallait pas évoquer le rôle des grands généraux. Seuls restaient en mémoire les camarades victimes des pires souffrances ou tétanisés par la peur et finalement tombés au front.

Mais, que diable, pourquoi fallait-il parler de Pétain?

Aujourd’hui, la France en vient à douter d’elle-même. L’Europe, ce « vieux continent », semble naviguer à vue, préférant le repli sur chaque État à la promotion d’un projet commun.
Dans nombre de pays du monde, on déplore aspirations à la paix outragées et droits fondamentaux bafoués.
Mais la mémoire des violences du passé est aussi celle des promesses fondatrices. Et dans ce devoir d’histoire, le rôle des dirigeants du monde entier est de proposer à leurs concitoyens un récit qui ne soit pas la peur d’un retour en arrière vers les années 1920 ou 1930 (époque qui n’a pas grand chose à voir avec ce que nous vivons un siècle plus tard) mais qui porte la vision d’une communauté internationale pour les générations présentes et à venir, sur notre Terre où tous les défis économiques sociaux, sociétaux, écologiques, culturels  sont désormais planétaires.