Le Brésil est un pays que j’aime, pour son peuple, parce-qu’il représente un prolongement de ma propre famille, pour sa capacité à rebondir après la dictature militaire des années 60 et 70, parce-qu’il était devenu un pays entreprenant pour les jeunes.

Aujourd’hui, ma tristesse et mon inquiétude sont profondes.
Jaír Bolsonaro, ce nostalgique des années de dictature militaire, vient d’être élu, en toute légalité, Président du Brésil, ce pays de 208 millions d’habitants, leader d’Amérique du Sud.
Comment expliquer l’irrésistible ascension de celui qui n’avait jusque-là jamais été pris au sérieux, d’un politique à la syntaxe approximative, depuis 27 ans sur les bancs de l’Assemblée nationale presque sans jamais intervenir, avec un parti ne disposant que de 3 députés fédéraux et de quasiment aucune trésorerie au lancement de la campagne présidentielle?
Certains sont tentés de comparaisons rapides avec d’autres personnages élus en toute légalité dans de grands pays développés, poussés par la haine et la volonté de revanche, comme avec son « collègue » des États-Unis ou pire, comme avec le chancelier du 3ème Reich dont Bertolt Brecht soulignait « qu’il ressemblait à Charlie Chaplin en moins drôle. »
Ce n’est pas drôle en effet d’entendre cet illusionniste sans scrupule, ce militaire de réserve, multiplier les violences homophobes, les invectives contre ses opposants, envers le Congrès et même la Cour Suprême.
C’est franchement inquiétant de savoir son penchant pour les fake new sur les réseaux sociaux, d’observer son goût exacerbé de la violence physique et verbale, de l’entendre avancer autant de projets réactionnaires et dangereux pour l’environnement avec le laisser faire au profit des firmes multinationales, dangereux pour la démocratie, comme avec l’autorisation du port d’arme, l’abaissement de la majorité pénale ou la suppression des aménagements de peine.

Comment en est-on arrivé là?
Par une conjonction inédite, une sorte d’alignement de planètes jusque-là contraires entre ultra-libéralisme, fondamentalisme religieux et dégagisme, le tout sur fond de crise économique, de déstabilisation institutionnelle et de scandales de corruption.

Doit-on rester sans réaction et observer la situation brésilienne avec des yeux d’observateurs extérieurs impuissants?
Non, et comme toujours après des épreuves aussi lourdes, il faut reprendre avec courage le combat pour la démocratie.
C’est l’affaire des Brésiliens eux-mêmes qui disposent fort heureusement cette fois-ci de leur constitution de 1988 qui devrait les préserver des plus grands excès.
C’est aussi l’affaire de la Communauté internationale qui doit se montrer particulièrement vigilante et engager si nécessaire des mesures appropriées.
Car, si la mondialisation doit être combattue dans ses errements dérégulés, elle doit être au contraire poussée dans sa capacité à forcer un destin de solidarité et de démocratie partout dans le monde.