la résistance armée

L’histoire s’est révélée bien cruelle à l’égard de la Lituanie.
En marge des accords Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939 qui scellent la nouvelle alliance germano-soviétique, un protocole secret donne à l’URSS les mains libres dans les États baltes.
Le 9 octobre 1939, le gouvernement lituanien se voit imposer la signature d’un traité lituano-soviétique. La Lituanie récupère Vilnius en même temps que 19 000 militaires s’installent sur son sol imposant une politique implacable à la botte de Staline.
Entre  le 14 et le 21 juin 1941, 17 600 personnes sont déportées en Sibérie. Cueillies dans leur lit, entre 1 heure et 4 heures du matin, elles ont une demi-heure à une heure pour boucler leur paquetage. Des familles entières, sans distinction d’âge, sont emmenées vers les gares et transportées en wagons fermés vers la Sibérie.
L’attaque allemande lancée contre l’URSS le 22 juin 1941 sera vécue par beaucoup comme une délivrance, un grand nombre de Lituaniens étant sauvé de la déportation. On sait ce qu’il en fut ensuite, notamment pour tous les Juifs de Lituanie…

Fin 1944, il se trouve peu de monde pour miser le moindre kopeck sur une victoire allemande. L’armée soviétique est au faîte de sa puissance et va imposer sa mainmise sur la Lituanie entre juillet 44 et janvier 45.
La résistance armée ou non violente au pouvoir soviétique va s’organiser pendant la période la plus éprouvante, de 1944 à 1953, jusqu’à la mort de Staline.
Arrestations, procès et déportations vont se multiplier, les Lituaniens étant remplacés par des colons qui arrivent de Russie.
Dans chaque village, on assiste à des départs dus aux déportations, aux fuites ou aux caches. Ouvriers, paysans, intellectuels, membres du clergé, tous sont également touchés par ces arrestations. On estime que jusqu’à deux à trois mille personnes sont arrêtées chaque mois, condamnées à huit clos à 6, 8 ou 10 ans d’internement et déportées en Russie. Environ 10% sont des intellectuels.

couloir des cellules d’arrestation et de torture

Avec Marie, nous avons mesuré combien cette politique totalitaire avait touché pratiquement toutes les familles lituaniennes.
Je me souviendrai toute ma vie de ce nouveau député rencontré au Seimas en mars 1991 et qui était de retour de Sibérie depuis 2 ans. Déporté à l’âge de 22 ans, il y avait passé 37 années ! Et j’avais été impressionné par ce « collègue » qui, malgré les immenses  épreuves qu’il avait subies, gardait une foi et un enthousiasme incroyables pour l’avenir de son pays.
Danut? Gvildien?, aujourd’hui décédée, nous avait bouleversés par son témoignage de déportée lors de nos premières rencontres à Kaunas.

noms gravés des victimes du régime soviétique

Aujourd’hui, la Lituanie a décidé d’engager une très importante action de mémoire. Un musée du génocide a été ouvert sur les bâtiments même de la police politique des années noires.
Les noms des personnes arrêtées, torturées ou déportées et qui ont trouvées la mort, sont gravés sur la façade.
Comment rester insensible aux tragédies successives qu’a connues ce petit pays, petit par l’importance de sa population, mais grand par son incroyable histoire?