Jeudi et vendredi derniers s’est tenu à Paris un colloque passionnant, organisé par la fondation Jean-Jaurès, l’association MichelRocard.org et Sciences Po, sur Michel Rocard à Matignon.

Au-delà des traces laissées dans l’histoire (accords en Nouvelle-Calédonie, contrats de plan État-régions, RMI, CSG,..), au-delà de ce qu’on a appelé la cohabitation avec François Mitterrand ou avec les barons du PS, il m’a semblé intéressant de réfléchir aux messages de fond laissés par Michel Rocard et qui pourraient utilement éclairer les politiques à construire aujourd’hui pour notre pays.

Michel Rocard s’est lui-même progressivement construit à travers tous les combats qu’il a menés au cours d’une vie politique de près de 70 ans.
En fidélité à la France, à la gauche et la solidarité internationale, au-delà même de son attachement à l’Europe.

Son engagement socialiste n’a jamais faibli. Il est mort socialiste, après avoir cotisé sans discontinuité malgré toutes les épreuves rencontrées au sein même de sa famille politique. Et à tous ceux qui témoignaient de leur rocardisme, il aimait répondre « soyez déjà socialistes! ».
Jamais, il n’a cédé d’un pouce sur ses valeurs de défense des droits de l’homme et de lutte contre les inégalités.

Son engagement internationaliste s’est forgé dans l’anticolonialisme en Algérie, et s’est fortement prolongé en Afrique dans ses missions au sein du Parlement européen.
Et puis, avant beaucoup, il a plaidé pour poser les problèmes économiques au plan international, tout en refusant qu’on les traite indépendamment des problèmes sociaux.

Aujourd’hui, les Français, faute de vision donnée par ses responsables politiques, finissent par préférer les discours sur le passé à des actions pour l’avenir, et surtout et malheureusement à préférer la xénophobie à la solidarité.

Aujourd’hui, se montrer digne de la pensée et de l’action de Michel Rocard, c’est penser et agir pour concevoir une social-démocratie qui réponde aux grands défis mondiaux, qu’ils soient économiques, sociaux ou écologiques.
C’est affirmer qu’il n’y a pas plusieurs types de socialisme à promouvoir.
Le socialisme doit être démocratique. Il ne peut se confondre avec  le libéralisme. Ça s’appelle la social-démocratie.

Mais compte-tenu des échecs, des renoncements, des difficultés rencontrées notamment en Europe par les responsables sociaux-démocrates, il reste à redéfinir les bases d’une social-démocratie pour l’avenir.
Il faudra courage et intelligence.
Il faudra une forte volonté d’associer l’action économique et la pensée sociale et politique.
Il faudra réhabiliter le goût du collectif, de la co-décision dans l’entreprise à la co-construction entre l’Etat, les collectivités territoriales et l’Europe.
Il faudra mobiliser en proposant une part de rêve dans l’avenir de l’humanité.
Il faudra tout à la fois diagnostiquer les racines culturelles des échecs et des lenteurs de l’économie française et proposer une voie mobilisatrice pour l’avenir de la France, de l’Europe et du monde.

Et pour cela, il faudrait réunir toutes les qualités de Michel Rocard!

Michel Rocard a été pour moi un homme politique unique en son genre.
Homme de convictions, homme d’action, chercheur de solutions, toujours en mouvement.
Il me manque. Il nous manque.