Dans moins d’un mois aura lieu le renouvellement des conseils municipaux. Un moment important où la population portera une appréciation sur l’action de la municipalité sortante et sur le projet proposé pour le mandat à venir. Maire de Grenoble depuis 19 ans, il me parait utile et démocratique de revenir sur ce parcours municipal qui s’interrompra pour moi à la fin de ce mois de mars, ayant décidé de passer le relais à une équipe renouvelée, conduite par mon 1er adjoint Jérôme Safar. Je reviens donc, par une série de tableaux que je souhaite vivants et personnels, sur une activité qui marquera sans nul doute un moment exceptionnel de ma vie.

Mon engagement syndical et politique à Paris, avant mon arrivée à Grenoble, comme mon environnement familial m’ont porté, d’entrée, à articuler mon action locale avec le national et l’international.

Je n’ai jamais succombé aux sirènes de la proximité, ce soi disant alpha et omega de la démocratie. J’ai toujours suspecté dans ce tropisme un risque de repli sur soi, de conservatisme et pour tout dire de limitation de l’intelligence. Le destin de l’être humain, c’est la compréhension de l’autre, c’est l’ouverture au monde, c’est le droit de savoir, de rêver, d’entreprendre, de se libérer par la connaissance, l’éducation et la culture.  Bref de ne pas limiter son horizon à son environnement immédiat. Le « small is beautifull » m’a toujours semblé suspect parce que limité. Les collectifs dits de citoyens, réduits aux acquêts localistes, m’ont rendus perplexes car porteurs le plus souvent d’égoïsmes de proximité et de circonstances, peu compatibles avec les enjeux et les défis plus larges, plus généreux, plus universels.

C’est, à n’en pas douter, le principal problème que j’ai dû affronter au cours de mes 19 ans à la tête de la mairie. Beaucoup de mes collègues aimaient se réfugier dans ce qu’ils connaissaient le mieux, leur environnement immédiat, conceptualisant sur la vertu de la proximité.

Leurs faibles propensions à pratiquer des langues étrangères, leurs suspicions à l’égard des élites économiques, intellectuelles et artistiques, m’ont bien souvent déconcerté.

Plus grave encore, j’ai été parfois heurté par cette médiocrité intellectuelle et morale consistant à trouver dans la pauvreté et le manque de ressources des raisons au laxisme, voire à la délinquance de certains. Je pensais alors à ma famille maternelle, plus pauvre que les plus démunis de nos actuels concitoyens, et pourtant si digne, si exigeante, si ambitieuse pour leurs enfants.

Et puis, comment ne pas décrypter, dans le for intérieur de nos concitoyens des quartiers dits populaires, la volonté et la fierté de s’identifier aux succès, aux victoires de nos meilleurs scientifiques, artistes ou sportifs ?

Comment, en 2014, vouloir en revenir aux GAM des années 60, alors que tout est mondial ?

Je me souviens de mes derniers échanges avec Hubert Dubedout, qui regrettait de s’être laissé entrainer à Grenoble, au nom de la dictature de l’utopie vers beaucoup de repli sur soi et de laideur… Il y a des utopies salvatrices qui font rêver et qui permettent des progrès extraordinaires. Et il y a des utopies qui sont des grands bonds en arrière. La Chine n’est pas seule détentrice de ces mouvements erratiques !

Le beau doit concerner tout le monde, la montagne ne saurait être réservée à une élite, les voyages laissés aux seuls hommes d’affaires et retraités.

L’urbanisme des années 60 et 70, le socio-culturel entretenu dans la nostalgie de Leo Lagrange, n’ont pas vraiment tenu leurs promesses et contribué à tirer vers le haut et le large!

Il m’a fallu batailler dur pour « imposer » la cité scolaire internationale, la salle de concert à MC2, les grands équipements sportifs, les pôles de compétitivité,…

Il n’y a pas de destin pour Grenoble ni même pour la France en dehors d’une vision du monde. Faute d’ailleurs de dire une histoire vraie à nos concitoyens, on les rend perplexes, inquiets… anti-européens, anti-immigrés,…

Aujourd’hui, la grande affaire, c’est désormais le passage de Grenoble à l’échelle de la métropole.

Puis-je dire que cela n’a été possible que par mon engagement au plan national, comme président de l’AMGVF et comme député? Et sans l’automaticité de sa création, il est fort probable, qu’au nom de la proximité, la frilosité l’aurait emporté, privant le territoire du grand Grenoble d’une belle ambition conforme à ses atouts et au dynamisme de ses plus talentueux sujets. Et puis, grâce au suffrage universel, le maire de la ville-centre en deviendra naturellement le président au plus tard en 2020.

Reste à en définir le périmètre, large je le propose, à la mesure de notre aire urbaine… avec plus tard la suppression du département là où il y a métropole… Et à construire le passage, en 2026 je l’espère, d’EPCI en collectivité à part entière.

Ce qui pousse à opter dès maintenant pour des compétences élargies au plan économique (avec investissements locaux, nationaux et étrangers), social (logement en particulier), énergétique et environnemental (déplacements notamment).

L’équilibre politique et humain des territoires en dépend. Le péri-urbain et le rurbain deviennent des terres de désespérance et de montée des populismes. Nous devons en prendre conscience en développant des politiques d’équilibre large. Il est permis de penser que l’on pourra maintenir des services publiques si on mutualise largement entre tous les acteurs de la puissance publique (Etat et collectivités locales). La Poste pourrait, par exemple, mettre à disposition ses bureaux et agences qui pourraient aussi servir pour les services de prestation sociale, pour les services administratifs et techniques, combattant ainsi les risques actuels de désertification.

Dans cette perspective, la Métro doit passer de la croisière côtière, rassurante et plan-plan à la navigation grand large !

En se souvenant de cette exhortation du Général de Gaulle: « la politique la plus coûteuse, la plus ruineuse, c’est d’être petit ».