Clotilde Münch est partie, dans un soupir apaisé, qui sera sa dernière note de musique.

Comment cacher l’émotion qui nous a envahis en ces instants de recueillement autour de son cercueil?
Et comment retracer en quelques mots une vie aussi riche, aussi animée, aussi passionnée, aussi généreuse?

Clotilde Münch: un prénom et un patronyme qui sonnent comme des signes de notre histoire et qui vous entraînent loin de la médiocrité.
Cette grande dame, à la personnalité qui bouscule, au charisme qui émerveille et fait rêver, à la générosité qui rassure et rassemble, restera pour tous ceux qui l’ont connue comme une de ces personnes qui vous ont marqués pour la vie.

Combien révélateurs sont ces témoignages remplis d’émotion, retraçant 50 ans plus tard des moments intenses vécus par des personnes, alors si jeunes,  initiées au violon dès l’âge de 4 ans!
Sa passion pour la musique n’était pas seulement démonstrative. Elle se voulait incarnée et communicative. Une œuvre de vie consacrée à l’enseignement, à la joie de jouer et au devenir professionnel de certains.

Elle aimait rappeler que la musique avait traversé les siècles et les continents et pouvait devenir une école universelle de vie.
Valérie Touvenot-Lambert a su retracer le parcours de Clotilde dans « Grandir avec son violon », un ouvrage précis et délicat, mené sur la base d’entretiens.

L’association Vivaldi, tout à la fois communauté de vie musicale, école de la pédagogie du violon, vivier de futurs concertistes, deviendra la grande affaire de sa vie. Elle aura marqué des générations d’enfants, de parents et de responsables des politiques culturelles et artistiques.
Je me rappelle, à ce propos, sa réponse à la proposition que je lui avais faite de venir sur la liste électorale que je conduisais aux municipales de Grenoble. C’était oui mais à 2 conditions: ne pas être en position éligible car il n’était pas question de délaisser, même un peu, « Vivaldi » et par ailleurs se mêler du choix de l’adjoint à la culture. Et ce fut Jérôme Safar qui avait été son élève à Lyon…

Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants étaient tous pris dans ce tourbillon de passion exigeante et irradiante.
Marie-Hélène, Elisabeth, Marie, Jonas, et tous les autres, à l’image de Frédéric à la tête de l’orchestre des campus, parti beaucoup trop tôt, ont été happés tour à tour.
Pour Clotilde, il allait de soi qu’il fallait se frotter aux meilleurs. Olivier Messian puis Yehudi Menuhin, Ivry Gitlis ou Mstislav Rostropovitch, ces mythes vivants, étaient devenus familiers.

Au-delà de l’éveil et de l’émotion artistiques, ses élèves étaient entraînés dans toutes ses aventures musicales.
Marie, mon épouse, me rappelait souvent que Clotilde était devenue un des piliers du comité de jumelage entre Grenoble et Kaunas. Et tous les 2 ans, les jeunes violonistes de Madame Münch s’envolaient avec leurs instruments pour la 2ème ville de Lituanie et allaient se mesurer dans des auditions très relevées avec les virtuoses de Kaunas.

Nous garderons de Clotilde Münch le souvenir d’une personne solaire, aimante, qui aura fait de son parcours sur terre, elle qui croyait à Dieu, un bel exemple de vie.
Et même si rien ne pouvait être garanti à quiconque en matière d’avenir musical, Clotilde Münch inspirait ses élèves et les poussait à se révéler comme en écho à l’exhortation de René Char dans Les Matinaux « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. »

C’était enfin et surtout un bel exemple de fidélité à tous « ses enfants », qu’ils soient devenus célèbres ou qu’ils aient abandonné le violon, à ses amis qui étaient nombreux, en proportion de l’attachement qu’elle suscitait.
Une fidélité à toute épreuve, une belle valeur qui tranche avec le caractère souvent éphémère et superficiel des relations humaines qui menace notre société contemporaine.

Et je garderai longtemps en moi le souvenir de ce visage expressif, sensible, accueillant, ce beau visage de Grenoble!