Dans quelques jours aura lieu le renouvellement des conseils municipaux. Un moment important où la population portera une appréciation sur l’action de la municipalité sortante et sur le projet proposé pour le mandat à venir. Maire de Grenoble depuis 19 ans, il me parait utile et démocratique de revenir sur ce parcours municipal qui s’interrompra pour moi à la fin de ce mois de mars, ayant décidé de passer le relais à une équipe renouvelée, conduite par mon 1er adjoint Jérôme Safar. Je reviens donc, par une série de tableaux que je souhaite vivants et personnels, sur une activité qui marquera sans nul doute un moment exceptionnel de ma vie.

Les moyens de communications ont beaucoup évolué ces dernières années avec l’arrivée d’internet, des blogs puis des réseaux sociaux.  Moyens essentiels permettant de rentrer en relation avec les grenoblois et l’ensemble des habitants de la 3ème circonscription, j’ai bien évidemment non seulement suivi avec attention ces évolutions mais je les ai aussi intégrées à ma communication au fur et à mesure de leur apparition afin de m’ouvrir et de partager au quotidien mes actions, mes opinions, mes passions…

Dès septembre 2005, c’est dans mon premier blog que cet échange a démarré, et que sans interruption depuis,  des milliers d’articles, des messages et de photos ont, pièce après pièce, constitué un lien permanent avec les Grenoblois.

Mon premier article (voir ci-dessous) est symbolique de l’action que j’ai toujours menée pour Grenoble, ses emplois et son développement économique. « Ce que je dirai à Hewlett Packard » a été écrit et posté avant mon déplacement à Palo Alto au siège mondial de Hewlett Packard pour les convaincre non seulement de revenir sur les suppressions de postes, mais aussi de s’impliquer dans un développement territorial innovant et créateur de richesses, donc d’emplois.

Trois ans plus tard en 2008, ma page facebook m’a aussi permis d’envoyer de l’information sans que mes abonnés (fans) aient  nécessairement à aller la chercher à l’inverse du blog ou du site internet. Cette page me permet également de partager des « instants » de mon quotidien en image ou par des textes courts tout  comme sur mon compte Twitter, ouvert pour les législatives de 2012. Sur ma page facebook, chaque article publié sur mon blog est relayé sur celle-ci. Je suis d’ailleurs très attentif aux nombreuses réactions, sincères, parfois touchantes sur les divers sujets abordés.

J’attache une grande importance aux écrits quotidiens, comme une sorte de journal de bord, une manière de transmettre ma vision, le vécu de mes journées riches en activités, en rencontres et en accomplissement des nombreux défis politiques mais aussi personnels. 

Premier post publié sur mon blog le 16 septembre 2005

« Ce que je dirai à Hewlett Packard »

 En décidant la suppression de 1240 postes en France, Hewlett Packard a non seulement rompu le lien particulier qui unissait cette entreprise à ses salariés, mais aussi choqué l’opinion qui ne comprend pas, à juste titre, qu’un groupe dont les bénéfices ont cru de 38% sur le seul exercice 2003-2004, pour dépasser les 3 milliards de dollars, puisse licencier aussi massivement. Certes, le groupe tente d’avancer quelques arguments pour essayer de nous convaincre de l’inéluctabilité de cette restructuration douloureuse en faisant valoir qu’il valait mieux la réaliser en période de croissance. Mais il ne convainc pas pour deux raisons essentielles. La première, c’est que la nature strictement financière et boursière de cette décision apparaît évidente aux yeux de tous : alors que le groupe s’est constitué grâce à ses bénéfices de solides réserves financières, il s’inquiète visiblement d’un cours boursier désespérément atone et applique les recettes les plus cyniques de la jungle financière mondiale : il licencie pour satisfaire les grilles d’analyse de quelques gérants de portefeuilles, étrangers à toute logique industrielle. Ce mécanisme insupportable qui veut que la valeur boursière d’une entreprise progresse au prorata de ses réductions d’effectifs est maintenant bien connu de nos concitoyens : il ne trompe plus personne. La deuxième raison de cette condamnation unanime, c’est que la décision de Hewlett Packard apparaît à tous comme totalement désincarnée, sans lien avec les territoires qui l’ont accueilli et ont permis sa croissance. L’exemple de Grenoble est édifiant : installée en 1972, l’entreprise s’est développée sur le terreau d’innovation grenoblois en même temps qu’elle a contribué à son développement. Avec sa politique sociale et son implication dans la vie de la cité, Hewlett Packard constituait alors une forme de modèle de la participation des entreprises au développement territorial. Las ! La situation a évolué et j’ai constaté au cours de ces dernières années une posture de retrait de la part des responsables de Hewlett Packard. A tel point que l’entreprise est aujourd’hui la seule de son secteur à avoir refusé de s’associer au pôle compétitivité « mondial » labellisé récemment par le gouvernement. Cette non-implication dans la dynamique locale, qu’a illustré la brutalité de l’annonce des réductions d’effectifs, est en fait une logique de « désincarnation territoriale » mortifère pour notre économie face à la compétition mondiale. Face aux risques de délocalisations, nous savons que les mesures réglementaires et les cadeaux fiscaux sont inefficaces, de même qu’il serait à la fois vain et inacceptable de chercher à lutter avec les pays émergents sur le terrain du coût du travail et de la précarité. Tous les économistes sérieux le savent, il n’existe qu’un seul remède efficace : l’innovation. C’était déjà l’objectif de l’Europe lors du sommet de Lisbonne, en 2000, qui prévoyait de réaliser « l’Europe de l’intelligence » en plaçant l’éducation et la recherche au cœur des priorités de politique publique. Malheureusement, ni l’Europe, désormais en panne, ni l’Etat national, le gouvernement continuant de sous-financer les dépenses d’avenir, n’ont été en capacité de mettre en place une réelle politique publique d’innovation, comme le fait pourtant depuis fort longtemps l’administration américaine à grand renfort d’argent public. Les moyens des « pôles de compétitivité » étant saupoudrés, et faute de véritables outils d’aide à l’innovation comme les crédits d’impôts pour les PME-PMI, notre pays continue de perdre du terrain dans la compétition mondiale. Heureusement, des stratégies d’innovation ont été portées par les territoires, et l’exemple de Grenoble fait à cet égard figure de référence. Avec ses universités, ses 20 000 chercheurs publics et privés et les nombreuses entreprises internationales qui ont installé dans la région grenobloise leurs centres de recherche les plus avancés, Grenoble est devenu un pôle mondial dans les micro et nanotechnologies, avec des compétences fortes dans l’énergie et les sciences du vivant. Les milliers d’emplois directs et indirects générés par cette dynamique d’innovation sont aujourd’hui positionnés sur des secteurs à fortes variations, les hautes technologies, mais ils sont garantis par la valeur ajoutée créée par l’innovation sur le territoire. L’innovation ne doit en effet pas être confondue avec la haute technologie et notre stratégie territoriale est bien de diffuser l’innovation dans tous les secteurs industriels, y compris les plus traditionnels, et non de positionner notre économie sur une mono-industrie, ce qui serait irresponsable. C’est ainsi que l’entreprise pilote du pôle de compétitivité grenoblois  »Minalogic »; n’est autre que Schneider Electric, qui a décidé de renforcer son implantation locale en terme de recherche et développement. A rebours de cette dynamique territoriale, la décision de Hewlett Packard constitue un paradoxe apparent, puisqu’elle semble la contredire, voire invalider la stratégie de développement portée par l’ensemble des acteurs locaux, alors qu’elle en est en fait un contre-exemple : c’est justement parce que Hewlett Packard s’est désengagé des territoires, parce que cette entreprise a cédé sur son identité sociale et innovante qu’elle adopte aujourd’hui un comportement et une stratégie qui suscitent l’incompréhension et la réprobation générale. Pour ma part, je n’entends ni me résigner, ni adopter une seule posture contestataire, qui serait contraire à la conception que je me fais de la place des entreprises au cœur des territoires. J’entends défendre les salariés de Hewlett Packard en défendant le « modèle grenoblois » d’innovation, pour convaincre les responsables de l’entreprise que non seulement leur décision est une erreur en terme de potentiel humain, mais qu’elle est aussi un contresens en terme de stratégie industrielle, en se désengageant des territoires d’innovation à forte valeur ajoutée et forte productivité. Je compte me rendre prochainement au siège mondial de Hewlett Packard pour les convaincre non seulement de revenir sur les suppressions de postes, mais aussi de s’impliquer dans un développement territorial innovant et créateur de richesses, donc d’emplois.